I)
Il y a tant de choses qui m'émeuvent aux larmes,
Tant la nature est belle et tant l'art est partout.
Il y a tant de mots qui toujours me désarment
Tant d'amour magnifié qui m'entoure et m'absout.
La poésie d'Hugo, de Verlaine et Rimbaud
Ont sur moi des effets qui me laissent fragile.
Chopin et Vivaldi offrent à travers leurs flots
La musique classique, délicate et habile.
Ces accords de guitare émue par les manouches
Décrivent l'évasion vers tant de paysages
Que mes yeux plein d'étoiles par ces sons qui me touchent
Laissent couler à ma bouche une goutte sauvage.
La peinture précieuse époustoufle l'esprit
Et les mains dégourdies d'un sculpteur humaniste
Donnent à l'imaginaire une couleur de vie.
L'utopie au charnel est un travail d'artiste !
Le génie de ces hommes cache un peu la misère,
La violence et la haine aveuglant nos raisons
Qui se perdent en route sur le chemin des guerres.
Armons-nous simplement de désir et passion.
II)
Il y a tant de sens que j'aime à exciter.
Mes mains se déposant sur les formes d'un corps
Dessinent à mes yeux un croquis imagé
Et l'odeur me ravie autant que le sonore.
Il y a le salé, le sucré et l'amer,
L'arôme d'un café dont la chaleur vous brûle,
La nuée du tabac et les vapeurs de bières,
Ces plaisirs clandestins où les regards pullulent.
Le bruit de la journée, le silence en soirée,
La mer qui se défend de nettoyer les sables
Tandis que le vent souffle, pour mieux nous effleurer.
Et mes deux yeux se perdent dans tout cet ineffable.
III)
Il y a tant de terres et de mers à goûter :
Partir à l'improviste, pour découvrir le monde,
Imprégner sa mémoire et son c½ur à trembler,
S'inviter au voyage, vers le roc et vers l'onde.
Partir et fuir la ville et son béton abrupt,
Y délaisser la pierre habillée en colonne,
Le gris de nos goudrons pour aller vouer un culte,
Adorer la nature et ses charmes qui tonnent !
Laissez-moi profiter du parfum de ces fleurs
Que la corolle anime et les picots protègent.
Il fait bon paresser sous un saule-pleureur.
J'y repose ma tête et j'y invente un siège.
Les arbres à fruits bourgeonnent, les oiseaux s'y recueillent
Dans un chant merveilleux qui font perler mes yeux.
Je suis seul et heureux, la liberté m'effeuille !
A l'état naturel, je m'abandonne un peu...
Soudain la Providence offre un troupeau de cerfs.
Leurs bois majestueux et leurs brames atypiques
Courent à travers les champs inondés de lumières.
Tout un ballet bestial s'organise en triptyque !
C'est le toc d'un pivert sur l'écorce d'un arbre
Qui réveille mon âme animée et songeuse.
Le tamtam prodigieux de son bec fait de marbre
Résonne tendrement dans la plaine rêveuse.
IV)
Il y a tant de mâles à combler de douceur,
Tant d'hommes souffreteux sous les coups du destin.
Mais il y a tant de femmes prêtes à ouvrir leur c½ur
Pour sauver ces pécheurs dont Mars fait le chagrin.
La beauté de la scène, comme une femme enceinte
Attendant patiemment l'éveil du nouveau né,
Est le plaisir fécond découvert dans l'étreinte.
La nature est la femme exaltée en secret.
Près de celle que j'aime, le réveil amoureux,
Endormie dans mes bras dont les cheveux en vague
Ont une odeur de fruits dessous mes doigts fiévreux,
Me ravit de chaleur dans mon c½ur qui divague.
Les charmes de la femme ô combien séduisante
Truffent l'âme des hommes de vertus poétiques.
L'inspiration nourrie par ces muses charmantes
Est un juste baiser de Vénus magnifique.
V)
Il y a tant de temps à chérir à plusieurs
Le tout premier baiser fièrement maladroit
Le « je t'aime » sincère, qui vous éprend d'ardeur,
Lorsque l'enfant dérobe à l'oreille « Papa ».
Cette folle jeunesse aguichant l'existence
De ces galops ardents tente d'esquiver l'âge.
Essoufflée de courir, elle somnole et pense
Pour devenir vieillesse et parfois même sage.
Il y a tant à vivre et surtout à aimer :
Asseyons-nous un peu pour priser un poème,
Laissons-nous profiter de ces instants sacrés,
Contemplons l'univers de ses beautés suprêmes.